Man Sex Thursday, 2013. Tirage numérique pigmentaire, 214 x 162,5 cm, H.C
Edition et collection du Centre de la Gravure et de l’Image imprimée

Figures mentales / Catherine de Braekeleer

Dans le cadre de l’Atelier Ouvert, l’artiste française Pascale-Sophie Kaparis a fréquenté régulièrement le Centre de la Gravure durant les années 2012 et 2013. Elle y a développé et approfondi un projet artistique intitulé Eye Project qu’elle avait initié lors d’une résidence au Musée du dessin et de l’estampe originale à Gravelines, suite à sa découverte du livre d’artiste Homely Girl, A life, dont le texte d’Arthur Miller est illustré par Louise Bourgeois.

Ces images de Louise Bourgeois, que Pascale-Sophie Kaparis retrouve dans la collection du Centre de la Gravure, sont basées sur des planches d’un traité d’ophtalmologie évoquant des maladies oculaires. Elles présentent des yeux énormes, globuleux, injectés de sang : regard mort de personnes aveugles. Fidèle à la démarche entamée dès le début des années 2000 de travailler à partir d’images sources, Kaparis sélectionne une dizaine de détails de ces yeux blessés qu’elle imprime en photogravure : dans cette première série de monochromes rouges chaque oeil a la précision d’une radiographie. L’artiste les reprend ensuite pour réaliser deux autres séries de lithographies à l’encre rouge Eye Mental Shape dans lesquelles oeil et cerveau se lient et se fondent, donnant ainsi naissance à des formes mentales : figuration d’une pensée en perpétuel mouvement, oscillant lentement jusqu’aux confins de la folie. Des bandelettes blanches paraissent vouloir dissimuler la part d’indicible voire d’inavouable dans cette mise à nu des méandres les plus obscurs de la pensée.

Dans la dernière étape de son projet, Pascale-Sophie Kaparis bascule de la folie mentale au délire des guerres. Elle utilise un tirage numérique en grand format pour traduire l’actualité la plus violente, la plus féroce diffusée sur internet. Man Sex Thursday évoque l’atrocité du traitement subi par un jeune prisonnier afghan, dont le cerveau échappe de son crâne ouvert. L’image apparaît dans tous ses détails, troublée pourtant par la vision pigmentaire rouge autant que par les trouées blanches qui semblent être placées pour voiler ou panser l’horreur de la situation. Le cadavre se lit comme un paysage de ruines, simple géographie humaine dévastée. L’attention portée au monde, aux images du monde, est au coeur de la démarche de Kaparis. Son regard acéré, exprimé par cette couleur rouge récurrente, se double d’un regard compatissant porté sur les victimes des différentes formes de folie, individuelle ou collective, marqué par ces bandes omniprésentes de tipp-ex blanc, qui progressivement recouvrent et effacent la douleur.

Catherine de Braekeleer - Août 2013
Directrice du Centre de la Gravure et de l'Image imprimée

Figures mentales
Exposition Centre de la Gravure 28.09.2013 - 05.01.2014